Retour à l'histoire de Fabien et Sophie, et plus particulièrement cet épisode.
La scène se trouble et bascule dans un vertige, soudain remplacée par autre chose, tandis que Jérémy (et avec lui, Sarah et Abigail) se retrouve projeté dans le corps de Fabien. Des sensations, surtout. La souffrance. Brûlures, déchirures, son corps n'est plus qu'une gigantesque plaie. Des nuits et des nuits qu'"ils" le soumettent à la torture, profitant de la régénération involontaire pendant la journée pour le pousser jusqu'à ses limites. La résistance de Fabien est sans commune mesure avec celle de Jérémy, mais il atteint ses limites... Par moments, la vision "saute" comme il sombre dans l'inconscience.
La douleur intolérable n'a d'égale que l'intensité de la Soif qui vrille sa conscience. De sa personnalité ne subsiste que le souvenir d'une volonté. Ne pas parler; ne pas boire; tenir jusqu'à la délivrance de la mort ultime ou la torpeur. Protéger Sophie.
Au travers des brumes du cerveau de Fabien, on peut apercevoir les barreaux d'une cage, et de l'autre côté, le dos d'un gros homme assis devant un bureau. Des coups légers sont frappés à la porte. Et alors que celle-ci s'ouvre pour laisser entrer Sophie, un phénomène étrange se produit: une seconde vision plus ténue vient se superposer à la première, comme un écho, perçue du point de vue de la jeune femme.
Peut-être cette vision plus objective est-elle plus terrible encore que de partager ses sensations. Il est accroché au centre d'une grande cage, bras en croix, entièrement nu, maintenu par des crochets de boucher qui transpercent sa chair. Son apparence n'a plus grand chose d'un être humain... Du sang séché macule son visage, son ventre et le sol en-dessous de lui. La chaleur moite et l'odeur de chairs brûlées et de putréfaction à donner la nausée qui emplissent la pièce manquent de faire tourner de l'œil à Sophie. Du côté du malheureux, seul naît un vague sentiment de honte de donner un tel spectacle.
L'inconnu, lui, semble parfaitement à son aise comme il se lève pour
accueillir la jeune femme avec un accent américain à couper au
couteau. « Miss Sophie, quelle surprise! Je suis
flatté que la boss des Chevaliers de la Lumière en personne
s'intéresse à mon vampire. »
Il lâche un ricanement vulgaire et
écoeurant. « Allons, ne faites pas cette tête! On
m'avait dit que vous étiez émotive, mais il ne faut pas vous en
faire pour si peu. Hey, ce n'est qu'un vampire, rien de plus! »
Mais la jeune femme ne parvient à articuler qu'à grand peine: « Comment pouvez-vous supporter cela? N'avez-vous
aucune pitié? »
Le regard de l'Américain se fait inquisiteur, et
il dit d'une voix trop douce: « Vous faites preuve
de bien de la sensiblerie, pour quelqu'un sur les épaules de qui
repose la lutte contre les non-morts... »
Une vague inquiétude
commence à émerger dans l'esprit embrumé du vampire en entendant ces
mots, mais l'homme poursuit. « C'est de sa faute
s'il est dans cet état, à ne rien vouloir boire. Mais peut-être
qu'il changerait d'avis si je vous égorgeais: du sang d'une jolie
demoiselle comme vous, c'est une opportunité qui ne se refuse
pas! »
Sophie recule d'un pas, choquée, tandis que les maigres forces de
Fabien lui permettent juste de lancer un regard haineux à l'homme
qui éclate d'un rire gras. « C'était une joke! J'ai
mieux pour les abominations de son espèce. Je suis sûr qu'à vous, il
acceptera de parler, mais il va falloir le titiller un peu. »
Il
va prendre une lourde barre de fer qu'il colle dans les bras de la
jeune femme et désigne un poêle à charbon. « Chauffez l'extrémité au rouge dans le fourneau et
marquez le vampire de la brûlure de l'infamie! »
Mais elle ne
bouge pas, elle se contente de regarder le morceau de métal et de
prier pour se réveiller de ce cauchemar...
Fabien s'agite, tentant maladroitement de rassembler les lambeaux de
sa conscience pour lui intimer d'obéir. L'Américain les observe tous
les deux et se permet un rictus sadique. « Il est
plus raisonnable que vous, on dirait. »
susurre-t-il d'une voix
où perce un plaisir malsain. « Vous changerez d'avis
quand vous serez dans la cage. Je vois que vous mourez d'envie de le
rejoindre et que lui a faim de vous... »
Alors qu'il se retourne pour prendre un revolver sur le bureau, Sophie bondit et le frappe violemment avec la masse métallique, plusieurs fois. Le gros homme s'effondre avec un bruit mou. Le visage baigné de larmes, la jeune femme lâche la barre de fer et le fouille pour trouver des clefs qui lui permettent de libérer Fabien. Mais entre-temps, celui-ci a de nouveau perdu connaissance, et seule subsiste l'écho de Sophie.
Elle murmure: « Oh, Fabien, mon pauvre amour...
Bois... Il te faut du sang... »
et place son poignet devant les
lèvres du vampire. La première "vision" revient en force. L'odeur
suave d'une peau humaine gorgée de sang. Une peau de femme.
Sophie... NON!! Dans un effort surhumain, il
détourne la tête de la source de vie qui s'offrait à lui et parvient
à coasser: « Non... Beaucoup... »
Il
s'évanouit à nouveau quand la peau s'éloigne.
Sophie se relève, hésite. Elle avise l'homme assommé mais qui respire encore et se dirige vers lui pour tenter de le traîner. Constatant qu'il est bien trop lourd pour elle, elle revient vers Fabien: c'est lui qu'elle tire au sol. Il s'en rend à peine compte, jusqu'à percevoir l'odeur d'une autre peau humaine. Un homme, cette fois. L'Américain. Le vampire plante ses crocs dans la chair flasque et boit avidement le sang qui s'en échappe.
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Dernière modification: 19 septembre 2003.